Highway To Hell est une pierre angulaire dans l'histoire du groupe, un album essentiel, une collection de pépites électriques, enregistrées à Londres sous la houlette de Robert "Mutt" Lange ce qui rend le son du groupe plus lisse et ne va pas tarder à lui permettre de gagner toute la planète. C'est aussi un album sorti 7 mois avant la mort de Bon Scott, qui nous offre là toute sa gouaille et son humour de joyeux queutard estampillé 100% rock'n roll. C'est enfin un album sur lequel la complémentarité des frères Young explose sur des compositions imparables avec une facilité démoniaque, un peu comme les cornes du jeunot Angus sur la pochette du disque.
Highway To Hell, le morceau titre est tout simplement entré dans la légende de la musique populaire comme un véritable hymne. "Living easy, living free" : ça sent le rock, la boisson, les bonnes gens qui se barricadent et les filles légères dans cette simple attaque qui résume tout l'esprit du disque. C'est toujours ce même son hard rock mâtiné de blues électrocuté, avec des paroles délicieusement grivoises et un sens du riff qui fait mouche. On n'oubliera pas de sitôt la lente progression de Walk Over You avant un décollage tout en patate qui vous entraîne pour quelques minutes au coeur du rock. La rythmique ne fait pas de prisonniers, on tape du pied ou on dégage, le solo est du Angus pur jus et on retrouve tout le talent de Bon Scott pour pondre des refrains et des couplets qui transpirent le sexe : "Take off the high heels, let down your hair / Paradise ain't far from there". Et que dire de Touch Too Much et son canevas de guitares menaçantes qui vous entraîne dans les ruelles et les bouges australiens à la nuit tombée. Un paquet de titres sont entrés au panthéon du groupe, notamment Shot Down In Flames, une de ces chroniques des bars dont Bon Scott avait le secret. La musique respire le souffre et le besoin d'en découdre et pour peu qu'on soit réceptif à sa simplicité, c'est un moment jouissif à passer avec ce disque, comme sur ce furieusement groovy Beating Around The Bush. Bien sûr, il y a quelques titres plus convenus comme ce Get It Hot typique du son old-school du groupe, pas désagréable, sans plus. Mais ACDC se rattrape avec la méconnue Love Hungry Man, où la basse se fait enfin entendre et donne son cachet bluesy imparable à ce titre, appel à l'étreinte (une de plus!) lancé par le vieux Bon. Et puis, il y a un autre hymne, l'épique If You Want Blood (You've got it), une machine de guerre systématiquement jouée en concert, dont la puissance rock n'a d'égale que l'efficacité redoutable du refrain, un modèle du genre : "If you want blood, you got it/ If you want blood, you got it/ Blood on the sheets, blood on the rocks /Blood in the gutter, give my last drop /You want blood, you got it". On en arrive à Nightprowler. Ce blues est dangereux, une ode funéraire qui progresse, implacable, menaçante. Le tueur en série Richard Ramirez, le Nightstalker, dit en avoir été inspiré, et le groupe en retirera pas mal d'accusations inopportunes aux USA. C'est aussi ça la petite histoire du rock.